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Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale - session 2009-2014
Réponses des Ministres et secrétaires d’Etat
Evelyne Huytebroeck
L’effet nuisible du chlore sur la santé et la fertilité
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L’effet nuisible du chlore sur la santé et la fertilité- publie le 10 novembre 2011Bruxelles Environnement a pris connaissance de l’étude du professeur Bernard. Cette étude, publiée en 2011 dans l’International Journal of Andrology, porte sur le lien entre la fertilité chez les adolescents et l’exposition à des sous-produits du chlore lors de la fréquentation de piscines chlorées. La présence de ces sous-produits dans l’eau est la conséquence des interactions entre le chlore et les composés organiques tels que l’urine, l’urée, la transpiration, la salive ou encore les cheveux. L’étude a été menée sur trois groupes de sujets ayant entre quatorze et dix-huit ans : deux groupes fréquentant des piscines chlorées et un groupe allant exclusivement dans des piscines traitées au cuivre-argent, sans chlore, ont été examinés. Le protocole de l’étude fait référence au protocole suivi lors de l’étude que le professeur Bernard a publiée en 2008 sur les liens entre le chlore dans les piscines et le développement de l’asthme chez les jeunes enfants. Dans ce cadre-ci, l’expérience a consisté à prélever des échantillons de sang auprès des individus de ces groupes et de comparer ceux qui affichaient des taux similaires de testostérone et d’inhibine B. L’expérience s’est attachée ensuite à identifier dans ces groupes les individus qui avaient ou non nagé au moins 125 heures dans une piscine chlorée avant l’âge de sept ans. Les conclusions de cette étude indiquent qu’il existe un lien entre l’exposition aux sous-produits du chlore et la baisse de fertilité. Ce lien devrait nous inciter au principe de précaution. Toutefois, l’auteur de l’étude précise qu’il serait nécessaire de la dupliquer pour confirmer ses résultats. Il souligne par ailleurs qu’il n’a pas pu analyser l’intensité de l’exposition des individus aux sousproduits du chlore lorsqu’ils fréquentaient la piscine avant l’âge de sept ans. Le Conseil supérieur de la santé s’est penché sur les résultats de l’étude du professeur Bernard de 2008 relative au chlore et à l’asthme, en la comparant à d’autres études réalisées sur le même thème. Le groupe d’experts mis en place à ce sujet par le Conseil supérieur de la santé conclut que les études du professeur Bernard et de ses collègues sont de grande valeur, car elles ont examiné le potentiel toxique et pro-allergisant des milieux chlorés des piscines mais que, à ce stade, aucune conclusion définitive cohérente ne peut encore être prise sur la base des résultats des études. Le groupe d’experts précise que, pour établir un lien de cause à effet, des informations complémentaires doivent être fournies, notamment concernant le protocole scientifique de l’étude, relatif à la durée de cette dernière, aux conditions d’exposition, à la caractérisation des sous-produits considérés et aux autres voies d’exposition à considérer. Étant donné que le protocole suivi pour l’étude sur la fertilité se réfère au protocole suivi pour l’étude relative à l’asthme, il apparaît que les recommandations du Conseil supérieur de la santé pourraient être valables pour l’étude relative à la corrélation entre la fertilité et la fréquentation de piscines chlorées. En effet, cette étude sur le chlore et la fertilité analyse les données surtout de manière rétrospective. Les conditions d’exposition aux sous-produits du chlore avant l’âge de sept ans ne peuvent pas être vérifiées. L’étude ne donne malheureusement pas beaucoup d’informations sur la qualité de l’eau et de l’air des trois piscines concernées lors des passages des enfants et tout au long de l’étude. Ainsi, il n’est pas fait mention de mesures de la présence de ces sous-produits tout au long de l’exposition des individus observés. La présence de sous-produits est d’ailleurs très variable, étant donné qu’elle dépend notamment des conditions d’hygiène du public qui fréquente le lieu considéré et du taux de fréquentation. Pour ces raisons, et dans le cadre de ses compétences, Bruxelles Environnement estime qu’à ce stade, il est difficile d’évaluer si un renforcement des valeurs de l’arrêté du gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale du 10 octobre 2002 fixant les conditions d’exploitation pour les bassins est nécessaire, ou si d’autres mesures doivent être prises. Cette nouvelle étude du professeur Bernard ne conseille par ailleurs pas de valeurs limites ou recommandées. Le Conseil supérieur de la santé rappelle, dans son avis évoqué ci-avant, l’importance du rôle que joue le chlore et ses dérivés dans le processus de désinfection des piscines et précise que les éléments clés pour réduire les chloramines et autres sous-produits se situent au niveau de la construction d’une piscine et de son entretien. Ainsi, il est recommandé :
À cet égard, l’arrêté du gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale du 10 octobre 2002 fixant les conditions d’exploitation pour les bassins de natation et les conditions d’exploitation reprises dans le permis d’environnement propre à chaque piscine remplissnt les recommandations formulées par le Conseil supérieur de la santé. En effet, l’arrêté fixe des règles pour le traitement de l’eau, afin de respecter les valeurs de qualité de l’eau et de l’air fixées dans ce même arrêté. L’eau doit ainsi être entièrement recyclée (renouvelée) dans un laps de temps qui dépend du type de bassin (4 heures pour les grands bassins, 90 minutes pour les petits bassins indépendants, 20 minutes pour les pataugeoires indépendantes), et le volume d’eau recyclé par jour doit atteindre 3m³ par baigneur. En outre, la teneur en désinfectant de l’eau des bassins doit être mesurée et corrigée en continu. L’exploitant ou son délégué doit contrôler le chlore libre et le chlore combiné au moins trois fois par jour pour les piscines utilisant un désinfectant chloré. Au minimum une fois par mois, les valeurs de chlore libre, de chlore combiné et d’urée dans l’eau sont contrôlées par un laboratoire agréé. Les valeurs de chloroforme dans l’eau sont contrôlées tous les six mois. Au moins une fois par trimestre, la valeur des chloramines dans l’air doit être contrôlée par un laboratoire agréé et lorsque des équipements susceptibles de favoriser l’évaporation des chloramines sont présents, les contrôles des chloramines dans l’air doivent être effectués chaque mois. Un passage obligatoire aux toilettes et à la douche est imposé. Les bacs pédiluves et les douches pour les pieds sont installés de façon à ce que les baigneurs les traversent obligatoirement pour rejoindre les bassins, permettant ainsi de prévenir l’apport d’urine et de transpiration dans la piscine. Par ailleurs, l’étude indique que le chloroforme n’est pas réglementé en Belgique. Or, il existe une norme bruxelloise pour le chloroforme dans l’eau de 0,1 mg/l. Quant à savoir s’il est nécessaire de remplacer le traitement des eaux dans les piscines publiques par un traitement au cuivre-argent ou d’autres alternatives, Bruxelles Environnement rappelle à ce sujet qu’un des désavantages d’un traitement au cuivre-argent est que la qualité bactériologique ne répond pas toujours aux normes établies pour l’eau des bassins. Il est recommandé de combiner le mélange cuivre-argent avec un autre désinfectant, comme, par exemple, un traitement au chlore, ce qui implique l’apparition de sous-produits tels que le chloroforme et la trichloramine. L’activité bactéricide du cuivre dépend de la qualité de l’eau. Or, celle-ci n’est pas spécialement constante dans une piscine. Une évaluation doit dès lors être faite entre les avantages et les désavantages pour la santé publique, en fonction de la charge et de la gestion de la piscine, soit au cas par cas. Selon des études de désinfection de piscines, un traitement au cuivre-argent est recommandé pour des piscines à faibles charges, comme de petites piscines et/ou des piscines privées. Le traitement au cuivre-argent n’est pas encore appliqué dans de grandes piscines fortement fréquentées comme le sont la plupart des piscines publiques en Région bruxelloise, pour les raisons d’hygiène que je viens d’évoquer. Au vu de ce qui précède, il est clair que l’estimation des coûts pour modifier le système sur l’ensemble des piscines de la Région est prématurée. Toutefois, les résultats de l’étude du professeur Bernard nous encouragent à rester attentifs au développement des mesures alternatives à l’utilisation du chlore dans les piscines. M. le président.- La parole est à M. El Ktibi. M. Ahmed El Ktibi.- Si je comprends bien, tant Bruxelles Environnement que le Conseil supérieur de la santé prennent acte des études sur les effets de la chloramine sur les poumons des jeunes enfants et sur le taux d’inhibine B, qui provoque des problèmes d’infertilité. Dans le même temps, Bruxelles Environnement estime que l’arrêté de 2002 est suffisant et contient une série de normes permettant de maîtriser l’état des eaux de piscines. Votre conclusion consiste à dire :"Restons prudents. Il y a bien un problème, mais l’arsenal existant permet d’assurer le contrôle". N’est-ce pas une attitude passive ? On dit que le système de filtration cuivre-argent n’est pas suffisant d’un point de vue scientifique. On peut toutefois se poser des questions, parce qu’il fonctionne bien à Louvain-la-Neuve, qui n’est pas une bourgade perdue au fin fond de la Wallonie, mais une ville universitaire qui sert de modèle depuis une trentaine d’années. Ne serait-il pas intéressant de se poser davantage de questions et de renforcer les normes ? Ne devrions-nous pas chercher des alternatives ? M. le président.- La parole est à Mme Huytebroeck. Mme Evelyne Huytebroeck, ministre.- Je me réfère aux analyses. Je ne pense pas qu’elles nous indiquent qu’il faut renforcer les normes existantes. Celles-ci sont déjà assez contraignantes. J’ai déjà discuté des piscines cuivre-argent avec vous ; vous en êtes le spécialiste ! Je ne remets pas en question la piscine de Louvain-la-Neuve, de mon ami le bourgmestre Jean-Luc Roland. Le traitement au cuivre-argent pose cependant d’autres questions et induit d’autres effets pervers. Nous ne sommes donc pas totalement convaincus pour l’instant. M. Ahmed El Ktibi.- Je vous trouve un peu passive. Vous dites que c’est problématique, mais que vous n’êtes pas certaine qu’il faille prendre des mesures contraignantes, et que Bruxelles n’a pas suffisamment de moyens. Qu’en est-il du principe de précaution ? Mme Evelyne Huytebroeck, ministre.- Je n’ai pas dit que c’était très problématique. Les analyses de l’étude du professeur Bernard posent d’ailleurs question quant à leur méthodologie. Il serait donc prématuré de changer les normes de nos piscines. Je suis cependant d’accord pour dire qu’il faut rester vigilant et suivre les études. Mme d’Ursel me demandait si nous allions lancer une autre étude. Le professeur Bernard dit lui même que son étude devrait être dupliquée pour en confirmer les résultats. Il précise : "La limite principale qu’elle comporte est l’incapacité d’analyser l’intensité de l’exposition des individus aux sous-produits du chlore". Il dit donc lui-même que son étude doit être complétée par de nouveaux éléments. Nous resterons attentifs à ces éventuels nouveaux éléments.
redacteur spip:
0. Ahmed El Ktibi
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