Site de Ahmed El Ktibi
  • Député au Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale
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  • Député au Parlement francophone de Bruxelles (Cocof)
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L’épidémiologie du SIDA et de l’infection à VIH

par Ahmed El Ktibi - publie le 18 septembre 2005

Interpellation de M. Ahmed El Ktibi à Monsieur Benoît CEREXHE, Ministre-Président au Parlement francophone bruxellois compétent pour la politique de la Santé.

Selon le 4e rapport mondial ONUSIDA/OMS, sur l’épidémie mondiale du SIDA, publié en décembre 2004, il y aurait dans le monde 39.4 millions de personnes vivant avec le virus de l’immunodéficience humaine - VIH et le Syndrome d’Immunodéficience Acquise - SIDA. Ceci représente une augmentation moyenne de près de 5 millions de personnes nouvellement infectées par le VIH. C’est le plus haut niveau jamais enregistré depuis le début de l’épidémie.

Durant cette même année, près de 3 millions de personnes sont décédées du SIDA, ce qui porte à plus de 20 millions le nombre de décès depuis l’identification des premiers cas au début des années 80.

En Belgique, 7 laboratoires de référence SIDA sont reconnus par le Service Public Fédéral Santé Publique. Sur la base des résultats de ces laboratoires, la section épidémiologie de l’Institut Scientifique de la Santé publique publie un rapport semestriel et un rapport annuel complet. Selon le dernier rapport annuel publié fin 2003, on compte depuis le début de l’épidémie 16966 personnes infectées par le virus VIH. Parmi elles, 3226 personnes ont été diagnostiquées malades du SIDA. La plus haute incidence a été observée en 2003 avec 1047 nouveaux cas diagnostiqués, chiffre en hausse de 4.5% par rapport à l’année 2002.

En ce qui concerne le mode de transmission, les contacts hétérosexuels représentent +/- 65% des infections diagnostiquées ; les contacts homosexuels masculins +/- 25% et enfin l’utilisation de drogues en injection intraveineuse +/ 4% et enfin l’infection mère/enfant +/ 2.6 %.

Cette augmentation considérable du nombre de personnes vivant avec la maladie est due entre autre à l’utilisation des nouvelles associations d’antirétroviraux. Les médicaments utilisés actuellement, s’ils sont tolérés par les malades, maîtrisent mieux la progression dans l’organisme et permettent aux malades de vivre plus longtemps. I l y a donc moins de malades qui meurent du SIDA. Le revers de la médaille à ces progrès thérapeutiques est la banalisation de la maladie.

Etant donné que les statistiques se basent sur les diagnostics de séropositivité, il faut se rendre à l’évidence qu’un grand nombre de personnes sont ignorantes de leur séropositivité. Il est important de savoir que le SIDA se soigne mais ne se guérit toujours pas. Dès lors, la prévention est le fondement de la riposte au SIDA. De nos jours, le seul moyen de protection efficace demeure le préservatif.

Selon l’étude des indicateurs, on tend à penser que certains groupes d’âge, et notamment les 25-34 ans, ont des comportements plus à risque, étant donné qu’il s’agit de la tranche d’âge la plus touchée actuellement. De plus, personne n’est à l’abri de certaines situations de la vie où l’on est plus vulnérable (perte d’emploi, séparation, dépression, coup de foudre...).

Au niveau mondial, depuis 2001, un profond changement est intervenu dans la riposte au SIDA. Le financement a augmenté de 4 milliards en 3 ans et en septembre 2003, l’OMS, ONUSIDA et leurs partenaires ont lancé l’Initiative « 3 millions d’ici 2005 », dont l’objectif est de fournir des antirétroviraux à 3 millions de personnes.

Pourtant, en dépit de l’augmentation constante des fonds investis, la couverture reste inégale et terriblement insuffisante.

Dans les pays à faible et moyens revenus, 440.000 personnes seulement ont profité d’un traitement antirétroviral, soit 1 personne sur 10. Et moins d’un cinquième de la population mondiale a accès aux services de prévention.

Malgré les grands progrès atteints en termes d’efficacité des médicaments, il existe maintenant des problèmes liés aux différents sous-types de virus. Selon l’origine géographique et sous la pression des médicaments, ceux-ci tendent à se développer et leur mutation progressive ne cesse de renforcer leur résistance aux médicaments classiques.

En Belgique, plusieurs organismes travaillent à la prévention. Ainsi, la Plate-forme Prévention SIDA, financée par le service de la Santé du Ministère de la Communauté française, a pour mission de favoriser la concertation entre les acteurs de la prévention du sida sur les axes à développer dans les campagnes de prévention ainsi que sur leur réalisation, par exemple, la campagne « été » qui est surtout destinée aux jeunes, la « Journée Mondiale du Sida » ou la campagne « St Valentin » de lutte contre les discriminations (spots TV et radio, affiches).

D’autres organismes, comme Médecins sans Frontière souligne le fait que trop peu de jeunes connaissent le HIV/SIDA et leurs différentes formes de transmission. En septembre dernier, l’association a entrepris une campagne de sensibilisation à laquelle 800 écoles secondaires et centres de santé scolaire ont pris part.

A cet égard, nous ne cachons pas notre inquiétude face aux résultats de l’enquête menée récemment chez des jeunes de 13 à 21 ans par la Fédération des centres de planning familial des Femmes prévoyantes socialistes. Cette enquête démontre que seuls 36% des jeunes utilisent le préservatif. Autre aspect significatif, 22% des jeunes de l’enseignement général sont sexuellement actifs. Cette proportion grimpe à 60% dans l’enseignement professionnel et technique.

Des conférences interministérielles avec, entre autres, le ministre de l’Enseignement permettraient de développer une meilleure collaboration entre ces organismes et les écoles afin d’instaurer dans ces dernières des programmes de prévention. De même, ces concertations permettraient de faciliter de travail d’animation réalisé par les plannings dans les écoles. Il faut savoir que les enseignements technique et professionnel ne bénéficient pas de ces programmes actuellement. Une proposition de résolution du 27 avril 2004 invitait le Collège à des concertations avec les ministres afin de mettre en place des politiques coordonnées pour la lutte contre le SIDA.

Une question à ce propos : Avez-vous eu des concertations interministérielles et pourriez-vous nous informer de leurs résultats ? De nouveaux programmes ont-ils été créés ? Des programmes existants ont-ils été développés ?

Le centre « Elisa », initiative de MSF, permet à tout le monde d’effectuer un dépistage VIH gratuitement et dans l’anonymat. Trop peu de gens le savent. Il existe aussi de nombreuses associations, des plannings familiaux, des maisons médicales où le dépistage peut être effectué.

Néanmoins, une personne non affiliée à une mutuelle doit débourser 24 € pour effectuer ce dépistage alors qu’il est gratuit pour celles qui y sont affiliées. L’accessibilité au dépistage reste donc insuffisante. M. le Ministre, pourquoi ne pas instaurer pour tout le monde la gratuité du dépistage VIH ?

En ce qui concerne la toxicomanie, une « Charte de la Réduction des risques » a été élaborée à l’initiative de l’asbl Modus Vivendi, qui est subventionnée par la Communauté française. Cette charte a pour objectifs la prévention du sida et la réduction des autres risques liés à l’usage de drogues en Communauté Française.

De nombreux programmes ont été mis en place pour informer les usagers de la drogue des risques encourus : le comptoir de seringues ou l’asbl Modus Fiesta, lieu d’accueil, d’information et d’orientation plus spécifiquement destiné aux usagers de drogue de synthèse.

Dans le milieu carcéral, il y existe des problèmes de toxicomanie qui touche une grosse majorité de détenus. Le Centre d’Accueil Postpénitentiaire et d’Information aux Toxicomanes Incarcérés, financé par le Ministère de la Communauté française, est spécialisé dans des actions de prévention et d’accompagnement en milieu carcéral. Comme le stipule la proposition de résolution du 27 avril 2004, ces coordonnateurs doivent faire un rapport annuel sur leurs actions.

Monsieur le Ministre dispose-t-il de résultats récents de ces actions ? Ces organismes en sont-ils satisfaits ? Quelles sont leurs actions futures ?

En ce qui concerne le préservatif, il faut souligner l’importance de son accessibilité à tous. Pourquoi ne pas instaurer sa gratuité ? Il serait important que les sociétés qui commercialisent ces produits s’engagent dans le combat contre le SIDA en les distribuant gratuitement dans les pharmacies, dans les centres de planning familial et dans d’autres associations. Lors d’une concertation avec le Ministre Fédéral de la Santé, M.le ministre pourrait-il évoquer cette alternative ?

Vu l’augmentation de la pauvreté en Région Bruxelloise, les plus démunis touchés par le virus SIDA/VHS, doivent se prendre en charge eux-mêmes. Dès lors, on peut alors de poser la question sur l’accessibilité aux traitements pour tous.


redacteur spip:   0. Ahmed El Ktibi
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