Site de Ahmed El Ktibi
  • Député au Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale
  • Vice Président de la commission des affaires intérieures chargée des pouvoirs locaux et des compétences d'agglomération
  • Député au Parlement francophone de Bruxelles (Cocof)
  • Echevin des Travaux Publics, de la Participation et de l'Egalité des chances à la Ville de Bruxelles
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Les électeurs et les élus de la diversité sont légitimes

- publie le 14 juin 2011

Les considérations hasardeuses sur le paysage politique et sociologique bruxellois contenues dans une note de travail de la Stib révèlent l’arrogance des experts et un certain mépris de la démocratie. Il fut un temps où le bonheur du peuple était le grand absent de l’action politique. Il devait tout au plus être guidé par de bons bergers, au risque de s’égarer dans la satisfaction de ses besoins immédiats. Car le peuple, gouverné par ses seuls instincts, était forcément dangereux et impécunieux. Les suffrages censitaire et capacitaire permettaient de maintenir les classes subalternes à l’écart des principaux choix de société. Une élite éclairée, issue des rangs de la bourgeoisie, pensait et façonnait le monde à son image. Les pauvres avaient seulement le droit à l’obéissance et à la compassion.

L’instauration du suffrage universel établissait l’égalité politique de tous les citoyens, quels que soient leur revenu et leur formation : un homme, une voix. Elle conférait au principe majoritaire sa pleine légitimité. La gestion des affaires publiques traduit dès lors, peu ou prou, la volonté du plus grand nombre. Sans négliger le fait que les coalitions et les compromis sont des figures imposées d’une saine vie démocratique. On a pu dire ainsi que la Chambre des représentants est la Maison du peuple car s’y reflètent toutes les composantes et la diversité de celui-ci. Pourtant les élus issus des classes populaires ont toujours été minoritaires dans les assemblées, tandis que certaines professions étaient sur-représentées. Bourdieu parlerait de reproduction des élites.

L’accès à la nationalité belge des populations immigrées a généré un électorat de citoyens particulièrement sensible aux discriminations, notamment sur le marché de l’emploi. Cet électorat s’est naturellement détourné des discours et des gestions indifférents voire méprisants à l’égard de sa situation et de ses aspirations. A Bruxelles, les élus issus de la diversité siègent aussi bien dans les conseils communaux que dans les Parlements régional et fédéral ; ils exercent également des mandats exécutifs. Ces mandataires reflètent dans la sphère politique le caractère multiculturel de la population bruxelloise.

Si on ne choisit ni son nom ni sa famille, on ne doit guère plus s’excuser de n’être un fils de notable. Personnellement, je suis fier de mes origines paysannes et immigrées. Je suis fier d’être un citoyen bruxellois et belge. Je suis fier de notre société démocratique et revendique les valeurs d’égalité qui permettent à tout citoyen, quelles que soient sa condition sociale et son origine, de participer au destin commun.

Mais depuis quelques temps les élus d’origine étrangère sont, à leur corps défendant, convoqués dans un mauvais débat. Les problèmes de Bruxelles prendraient leur source dans sa composition démographique hétérogène. Et les solutions à y apporter se heurteraient aux élus issus de la diversité en raison de leur complaisance supposée envers les attentes de leur électorat ! Avec, en filigrane, le soupçon pesant de clientélisme et de « vote ethnique », lesquels diminueraient la qualité des élus. Comme si certaines revendications étaient plus légitimes que d’autres. Comme si, paradoxalement, tout projet de ville butait sur les revendications de ses propres habitants ! Comme si l’approche technocratique des problèmes était la seule recevable. Alors, changer de peuple ? En tant que capitale européenne, ville internationale, carrefour de populations et de cultures, Bruxelles a déjà modifié sa démographie. A côté des anciens Belges il y a maintenant les nouveaux Belges issus d’une immigration internationale. Mais il y a toujours des riches, des pauvres et une classe moyenne ayant des intérêts et des demandes qui ne convergent pas toujours. Leur ancrage spatial n’a lui aussi pas changé : la première couronne, densément peuplée, présente les indicateurs sociaux les plus fragiles tandis que les classes aisées vivent dans les communes périphériques.

Bruxelles est désormais une ville cosmopolite qui affronte des défis liés à ce statut, notamment le développement d’infrastructures de transports rapides et sûrs. Mais la persistance d’une grande pauvreté à côté d’îlots de bien-être exige aussi une action publique énergique afin de réduire ce fossé social que certains ont trop beau jeu d’assimiler à une fracture ethnique si pas religieuse. La formation professionnelle, l’accès au logement, la lutte contre les discriminations à l’embauche, la mobilité participent de la réalité bruxelloise.

La qualité de vie d’une région comme Bruxelles passe par le bien-être individuel de tous ses habitants. Pour y parvenir, il faut en finir avec la suspicion permanente à l’égard des populations pauvres et le procès en légitimité de leurs représentants.

Ahmed El Ktibi

Député régional bruxellois (PS)


redacteur spip:   0. Ahmed El Ktibi
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