Site de Ahmed El Ktibi
  • Député au Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale
  • Vice Président de la commission des affaires intérieures chargée des pouvoirs locaux et des compétences d'agglomération
  • Député au Parlement francophone de Bruxelles (Cocof)
  • Echevin des Travaux Publics, de la Participation et de l'Egalité des chances à la Ville de Bruxelles
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Lutter contre les violences conjugales

- publie le 18 décembre 2008

Le 25 novembre 1960, les trois sœurs Mirabal, Patricia, Minerva et Maria Teresa, étaient exécutées en République dominicaine sur ordre du tyran Trujillo. L’assassinat de ces militantes politiques, dont l’une avait eu le tort de refuser les avances du despote subjugué par sa beauté, sonnera la fin de la dictature. En hommage à ces martyrs de la démocratie et du féminisme, l’ONU a décidé de faire du 25 novembre la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes.

La violence de genre demeure aujourd’hui le symbole brutal de l’inégalité entre hommes et femmes. Elle a d’ailleurs été définie comme l’ensemble des comportements visant à contrôler et dominer le partenaire. Aucune relation de couple basée sur la crainte, voire la terreur, n’est saine. En Belgique, malgré un dispositif législatif important et les nombreuses campagnes de prévention, le phénomène des violences conjugales est en augmentation. Bien sûr les chiffres permettent différentes lectures. On se réjouira par exemple du nombre croissant de procès-verbaux auxquels donne lieu ce type de situation. Les victimes n’hésitent plus à porter plainte. Mais combien sont suivies d’effet ? Tout récemment, l’assassinat atroce d’une femme par l’homme dont elle avait divorcé, faisait apparaître qu’elle avait plusieurs fois signalé à la Police les menaces et le harcèlement de son ex-époux. Par ailleurs, lorsqu’on sait que 35 femmes, agressées par leur partenaire, sont décédées l’an dernier c’est-à-dire le double de l’année 2006, un réveil des consciences s’impose. D’abord il faut rappeler que ces violences ne relèvent pas de la sphère privée ni du fait divers. Elles représentent un réel problème de santé publique selon les termes de l’Organisation mondiale de la santé. Elles reflètent malheureusement aussi une exacerbation des rapports sociaux en général et de la violence économique. La réduction de la femme au rang d’objet dans la publicité entretient encore un sentiment de propriété chez beaucoup d’hommes. Enfin, ces drames montrent la persistance de représentations culturelles archaïques de la femme, dont les soi-disant crimes d’honneur sont la manifestation la plus indigne.

Le Plan d’action national de lutte contre la violence à l’égard des femmes fédère plusieurs objectifs : sensibilisation du public, formation des intervenants, prévention, protection et accueil des victimes, répression et accompagnement des auteurs, enregistrement statistique des violences, évaluation des résultats. Ces objectifs sont liés entre eux et ne peuvent être remplis isolément. Les acteurs de terrain ont pu constater qu’une campagne de sensibilisation entraîne un afflux de femmes en demande d’aide vers les maisons d’accueil qui, aujourd’hui, manquent de place. Quand la dénonciation des menaces et des agressions physiques graves ne débouche pas sur une protection immédiate des plaignantes et une prise en charge judiciaire des auteurs, ceux-ci se sentent confortés par l’indifférence de la société et flattés dans leur sensation de toute-puissance vis-à-vis de leur partenaire. La problématique nécessite encore une prise en charge pluridisciplinaire par les travailleurs sociaux, les CPAS, la Police, les magistrats et le corps médical. Une mise en réseau des intervenants s’avère dès lors indispensable.

Sur le plan politique, la structure institutionnelle complexe de la Belgique conduit à un éparpillement des compétences. Les diverses stratégies de lutte contre les violences conjugales peuvent cependant être unifiées à partir du pouvoir local. Plusieurs villes belges ont en effet pris ces dernières années des initiatives qui méritent d’être valorisées : téléalarme (Gand), application de la tolérance zéro (Liège), engagement signé à respecter la Charte européenne de l’égalité entre les hommes et les femmes qui promeut l’échange des bonnes pratiques, et instauration d’un numéro vert (Ville de Bruxelles). De fait, par sa proximité avec la population, le pouvoir local est un pôle de vigilance et de changement des comportements entre autres par l’éducation au respect entre les sexes dès le plus jeune âge dans les écoles. Il permet en outre une coordination souple des différents acteurs de la lutte contre la violence conjugale et intrafamiliale. Ni la violence physique ni la torture psychologique ne peuvent se prévaloir de l’amour.

Ahmed El Ktibi Echevin des Travaux publics, de la Participation et de l’Egalité des chances


redacteur spip:   0. Ahmed El Ktibi
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